Grand débat : Moins d’élus, pas de RIC, mais plus de pédagogie sur l’action publique ?

Rapporté in extenso

Lu pour vous dans le courrier des Maires et des élus !

Source texte et photo : Le courrier des Maires publication du 25 mars 2019.

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Grand débat national 25/03/2019

Moins d’élus, pas de RIC, mais plus de pédagogie sur l’action publique ?

par Emilie Denètre

© Adobe / Ingo Bartussek

Le centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) vient de publier une première analyse sur les contributions au grand débat national. Premier enseignement : le principe même de la démocratie représentative n’est pas remis en cause par les contributeurs ; en revanche son fonctionnement actuel est la cible de nombreuses critiques. Le trop grand nombre d’élus et les départements sont particulièrement visés. Au-delà, c’est un besoin très fort de lisibilité de l’action publique qui apparait.

Sur les 46 340 contributions – portant sur les questions de démocratie – versées au grand débat via le site internet dédié, le politologue Luc Rouban en a sélectionné 600 de manière aléatoire. Un matériel inédit qui a permis au chercheur du Cevipof de publier une note de recherche, donnant une image plus contrastée des demandes citoyennes que ce que l’on aurait pu imaginer, avec néanmoins quelques surprises.

Élus nationaux contre élus locaux ?

Interrogés pour savoir en qui ils avaient le plus confiance pour les représenter dans la société, les contributeurs ne cachent pas « la piètre estime » qu’ils portent aux élus nationaux, constate Luc Rouban. En effet, la réponse « les députés » ne recueille que 8% des suffrages. Pour autant, le chercheur n’y voit pas un rejet massif de la démocratie représentative comme on aurait pu le craindre. « Si l’on fait le total des réponses en pourcentages valides (c’est-à-dire sans tenir compte des sans réponse), on voit que 58 % des enquêtés font tout de même confiance aux élus, bien qu’il s’agisse essentiellement d’élus locaux : 35 % font confiance aux élus locaux, dont 30 % à leur maire » peut-on lire dans l’étude. À noter à titre de comparaison que 11 % des contributeurs citent à la même question « le peuple ou les citoyens ».

© P. Marais/ Le Courrier Luc Rouban, chercheur au Cevipof

Si la démocratie représentative ne semble donc pas fondamentalement remise en cause au profit d’une démocratie directe, les contributeurs souhaitent en revanche voir notre système actuel évoluer. Parmi les éléments mis en avant dans les écrits citoyens : la nécessité de réduire le nombre d’élus nationaux… mais aussi d’élus locaux dans des « proportions similaires » ! Ce sont les élus départementaux et régionaux qui sont particulièrement visés. « Le département, considéré comme une entité opaque, est très clairement visé comme un échelon devant être supprimé. De même, 7% des contributeurs appellent à la réduction du nombre de maires ruraux et des petites communes » écrit Luc Rouban. Avant de poursuivre : « On n’est donc pas dans un retour sans condition aux terroirs qui jouerait contre le personnel politique national ».

Dans la même veine, de nombreuses contributions portent sur la remise en cause « du statut social du personnel politique, jugé à la fois trop arrogant, carriériste, fermé au terrain et préoccupé de sa réélection ». 70% des enquêtés se prononcent ainsi en faveur du non-cumul des mandats, jugeant que ce mécanisme conduit à « une professionnalisation » des élus et leur assure des indemnités trop conséquentes…

Participation : la faute aux politiques ?

Quant aux solutions qu’il faudrait mettre en œuvre pour permettre une meilleure représentation politique et encourager la participation civique, les contributions sont là plus nuancées. Autant, l’introduction d’une dose de proportionnelle, pour mieux représenter les différentes sensibilités politiques, semble être un outil plébiscité par 67% des répondants, autant les solutions pour encourager les citoyens à voter ne font pas l’unanimité, avec même un taux de non-réponse assez important : 26% ! Luc Rouban note par ailleurs une propension à renvoyer la balle sur le fonctionnement de notre vie politique : « une idée générale qui traverse de nombreuses contributions est que si la participation électorale est mauvaise, c’est que le monde politique est déconnecté de la vie réelle, que le vote n’est plus qu’un théâtre d’ombres ».

Ceux qui en revanche prennent la plume utilisent volontiers « un ton assez autoritaire » dans leurs réponses et proposent, entre autres, l’utilisation du vote obligatoire et/ou la prise en compte du vote blanc. Ce dernier pouvant même déclencher, selon des seuils variables en fonction des contributions, un nouveau scrutin avec de nouveaux candidats, voire des interdictions de se représenter pour les anciens candidats…

Le RIC plébiscité ? Pas tant que ça !

Autre surprise de cette étude, la méfiance des répondants vis-à-vis du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), un outil largement porté par les gilets jaunes dans leurs manifestations. « Le référendum est assez souvent cité mais accompagné de commentaires restrictifs quant à son champ d’application ou la fréquence de sa mise en œuvre. Il est souvent considéré comme un marqueur politique qui ne doit intervenir qu’épisodiquement sur de grandes questions simples à trancher ou alors être cantonné aux questions locales bien maîtrisées » écrit Luc Rouban.

Pour le politologue ce qui ressort en arrière-fond de ces demandes de démocratie directe ou participative a finalement trait à un fort besoin « de pédagogie, de clarté et de sincérité ». « Il semble que pour beaucoup d’enquêtés, la vie politique soit absconse et opaque, illisible, permettant à quelques profiteurs d’y faire carrière » écrit le chercheur au Cévipof. « Les contributeurs sont surtout en attente de pédagogie ». Beaucoup de demandes ont ainsi été formulées pour obtenir plus de « réunions publiques, notamment locales, ou des sites internet qui permettraient de mieux appréhender l’utilisation et la répartition des ressources fiscales ». 

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Le muretain

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